par Noël Paradis-Cami

L’histoire, connue, de la plâtrière commence dès 1820 et nous pourrons suivre son histoire grâce aux documents conservés aux Archives Départementales du 65, aux archives municipales de la commune de Barlest, à Sœur Marie Thérèse Boutry (descendante de la famille Clouchet), aux recherches de M. Potin de Tours à qui je dois adresser un grand merci, à l’aide précieuse de Francis Lafon-Puyo maire de la commune de Barlest, à Raymond Lagües, ancien secrétaire de mairie et à mes propres recherches et témoignages de terrain.Francis Lafon-Puyo rajoute que cette plâtrière contribuait à faire vivre une partie des 400 habitants de la population communale d’alors : il évoque le temps ancien où le travail était très dur mais la carrière employait de nombreuses personnes : les femmes et les enfants allaient récupérer le bois et faire des fagots dans la forêt voisine du bois de Mourle. Il fallait du personnel pour l’ensachage, les charrois nombreux transportaient le plâtre de Barlest qui, avec ses reflets rose, était soi-disant très prisé pour les finitions intérieures.

Le gisement de Barlest est constitué par du gypse du trias (1) remonté en surface lors d’un incident tectonique et recouvert ensuite par des alluvions. C’est un terrain de petites sources suffisantes pour alimenter un ruisseau le ruisseau du Buala qui traverse le site et maintient celui-ci dans un état d’humidité permanent ; nous en verrons les conséquences dans cet historique.

Vu la facilité de gratter la colline pour obtenir du gypse il est évident que les habitants ont dû cuire eux-mêmes leur plâtre pour leurs propres besoins.

Le gisement de gypse s’étend en dehors du terrain communal ; ceci est important car le principal de son exploitation a été réalisé sur le terrain communal mais aussi sur un terrain mitoyen, celui de Mr Poueyto qui a également trouvé un fermier Mr Armand Forgues , ferblantier à Tarbes, pour exploiter le gypse sous sa parcelle 113 du cadastre. Nous en parlons dès maintenant car son nom n’apparaîtra que plus tard, alors que sa carrière était déjà importante.

Pourquoi est-ce vers 1820 que le gypse est recherché à Barlest ? La seule explication plausible c’est l’utilisation du plâtre (plus que du gypse) pour permettre la création de prairies artificielles (sainfoin, luzerne, trèfle …) qui a révolutionné l’agriculture française à partir du début de ce siècle.

Toujours est-il qu’en 1820 la commune découvre qu’elle possède un terrain gypseux au lieu-dit Bagnade sur le côté du chemin vicinal du Buala .

 

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Le maire écrit au préfet le 6 février 1820 pour le prévenir de son intention de mettre à ferme ce terrain. A la suite de ce courrier la mairie décide de le mettre en ferme pour 3 ans (affiche du 3 mai 1820) avec mise aux enchères le 20 mai. Ce sont Sieur Deveze, architecte et Sieur Miegeville qui sont retenus pour 50f par an.En 1821 le sous-préfet écrit au préfet pour obtenir un bail de 9 ans car les premiers travaux sont plus ou moins satisfaisants.

Il est décidé de refaire une séance d’adjudication en mai 1822 après avoir établi un cahier des charges bien précis. Dans ce document, objet de la séance du conseil municipal du 2 avril 1822, il est bien précisé que la redevance sera exigible même si l’extraction est infructueuse et qu’elle doit être conduite selon les bons principes et sous la direction d’un homme de l’art désigné par le préfet (en général l’ingénieur des mines). De plus la pierre cuite sera soumise à la vérification du commissaire désigné et ne pourra être vendu que ce qui sera reconnu de bonne qualité, ne contenant que du plâtre pur et bon.

Par affiche du 3 mai 1822 l’adjudication est fixée au 20 mai par enchères au plus offrant pour une durée de 3 ans (qui sera portée à 6 ans par le préfet) ; la mise à prix est fixée à 50f ce sont encore les Sieurs Deveze et Miegeville qui obtiennent l’adjudication.

Nous passons à 1828 où le Sieur Jean Clouchet de Pontacq (2), devient le fermier pour 2 ans et 7 mois et pour un montant de 520 f par an à partir du 15 mai. On peut penser que cette durée n’est là que pour respecter la durée du fermage fixée à 9ans, à partir de mai 1822. Ya-t-il eu un problème avec le Sieur Deveze et Jean Clouchet se serait-il proposé pour assurer l’intérim ?

Ceci nous conduit à décembre 1830 où l’adjudication du 10 décembre est annulée, alors que les sieurs Antoine Mandel fils aîné, négociant à Soustons, et son garant Dominique Buy, maçon à Tarbes, avaient emporté les enchères pour 660 f par an. Ce sont les services du préfet qui ont jugé qu’il fallait que le « quartement » ou quatrième point du cahier des charges soit respecté pour que le fermage soit valable : ce 4ème point concerne le paiement du fermage, ce qui n’avait pas été respecté.

Les nouvelles enchères aux trois chandelles du 24 décembre permettent à Dominique Burg de remporter l’adjudication pour 1 935f ( Miegeville en sera l’exploitant).

 Qu’est-ce une vente aux enchères aux 3 chandelles ? : Le texte ci-joint permet de suivre ce genre d’enchère : Le premier feu est allumé et la mise à prix est de 325f, suivent les enchères 625f par Naude (3) – 1 000f Cussat – 1 100 f Naude – 1 200f Burg. Un deuxième feu est allumé 1 300f Cussat – 1 400 f Burg – 1 500f Cussat – 1 600 f Burg – 1 700 f Cussat – 1 800 f Burg – 1 900f Cussat – 1 950 f Burg. Un troisième feu est allumé mais aucune enchère n’a eu lieu avant son extinction

Le Sieur Dominique Burg, maçon à Tarbes, devient le fermier avec la caution du Sieur Jean Dulon négociant à Tarbes et pour certification de caution Monsieur Antoine Naude fils aîné négociant à Pontacq.

Mais des problèmes apparaissent dès le début de 1832, et Miegeville (l’exploitant) veut résilier le bail car des vides sont apparus dans la carrière, vides qui « épouvantent les ouvriers »  et des infiltrations empêchent l’exploitation. Le préfet, suivant l’avis du service des mines, décide de fermer la carrière. Mais le maire ne l’entend pas ainsi, alors, suite au déplacement du Conseil municipal sur les lieux, un rapport est envoyé au préfet pour se justifier et trouver que le rapport d’un architecte n’a aucune valeur puisqu’il n’a jamais mis les pieds sur le site ! Le risque d’inondation ne serait pas apparu si l’exploitant n’avait pas persisté de creuser vers la partie septentrionale sans gypse en abandonnant le travail de carrière car il avait extrait une très grande quantité de gypse et il préférait occuper ses ouvriers à cuire et broyer le plâtre pour s’enrichir et maintenir son monopole sur la production du plâtre, que de maintenir la carrière hors d’eau. Pour les vides, là aussi, Miegeville exagère beaucoup, selon les membres du Conseil, car la voûte est solide. Le maire, dans cette lettre du 7 juillet 1832, demande donc au préfet de revenir sur sa décision. Mais, à priori, cette carrière qui maintenant descend à 60 pieds avec une forme de cône évasé est abandonnée : elle ne sera ré-ouverte qu’en 1833 après accord de l’ingénieur des mines.

Le 8 mai 1833 le conseil municipal nomme le Sieur Jean Clouchet syndic de la carrière qui a été abandonnée par Burg-Miegeville, pour arriver au terme du fermage le 24 décembre 1837.

A l’occasion d’une requête du Sieur Armand Forgues, fermier de Sieur Poeyto (4) à l’encontre de Jean Clouchet qui risque de mettre en danger sa carrière nous apprenons qu’il y a maintenant deux carrières de part et d’autre du chemin vicinal dit du Buala : le gisement passe sous le chemin. Le préfet par arrêté du 27 janvier 1835 et après avis de l’ingénieur des mines exige qu’un massif (pilier) soit maintenu sous le chemin vicinal avec 3m en surface et s’élargissant avec une pente de cinq degrés quarante-cinq.

Mais les ennuis de Forgues continuent car Clouchet a barré le ruisseau du Buala pour créer un « bassin » qui lui permet d’actionner son moulin à broyer le plâtre ; l’eau envahit en partie sa carrière mais un trou de forage (bienheureux hasard) déverse cette eau dans celle de Forgues qui est en contrebas et sa carrière finit par être inondée en décembre. Ainsi Forgues juge que Clouchet aura de fait le monopole du plâtre et que les prix vont augmenter.

Le préfet par son arrêté du 8 décembre 1835 met en demeure le maire de Barlest de faire les travaux nécessaires pour que Forgues puisse continuer à travailler en toute sécurité : ruisseau dévié et plus de tirs de mine de Clouchet au-dessus de sa tête. Ceci veut dire que la carrière de Forgues est descendue bien plus bas que celle de Clouchet.

Les documents en notre possession ne nous permettent pas de savoir si les 2 carrières perdurent ou si une seule demeure mais en 1838 nous entendrons à nouveau parler de Forgues.

Le 1er janvier 1838 nouvelle adjudication obtenue par Clouchet pour 405 fr seulement par an pour la plâtrière mais avec un bail de 300fr par an pour le terrain communal où se situe « le bassin » pour son moulin, mais sans possibilité d’exploiter le gypse qui est en dessous.

C’est alors que 5 mois plus tard Forgues intervient auprès du préfet car il juge que l’adjudication du terrain communal « du bassin » n’a pas été faite dans les règles. Le maire a beau argumenter que ce « terrain n’offre qu’un aspect herbeux et duquel Forgues serait incapable de trouver du plâtre sans dépenses énormes » et Forgues de rétorquer que « l’adjudication Clouchet a été faite sans afficher et a impunément trompé la religion de l’autorité municipale ». Devant cet imbroglio le préfet décide le 22 mars 1838 qu’une nouvelle adjudication sera organisée avec comme base les 350fr proposés par Forgues. Et c’est Jean Clouchet qui l’emporte à 450fr.

La fin de cet épisode sera celle-ci : le 17 décembre 1839 Poeyto vend ses droits d’exploiter le plâtre sur toutes ses propriétés à Jean Clouchet, moyennant 50fr de rente par tant que durera l’exploitation du plâtre ; ce même Poeyto loue le terrain où Clouchet avait construit le logement de ses ouvriers et ses dépendances ainsi que le terrain qui va de ce logement au chemin du Buala tout cela pour 100fr par an. Un additif à cet acte a attiré notre attention, il s’agit d’un droit d’extraction du plâtre sur une petite parcelle qui est « en face de la carrière de la commune » et donc séparé par le chemin du Buala.

Ainsi Jean Clouchet restera le seul fabricant de plâtre de Barlest.

La carrière Poeyto-Forgues, va être oubliée, mais fera parler d’elle 100 ans plus tard par un affaissement de terrain constaté par le BRGM sur la parcelle 113 et qu’il ne s’expliquait pas : l’eau a fini par compléter l’action de l’homme.

Clouchet est également un novateur puisqu’il obtient un brevet d’invention pour 5 ans pour un moulin béarnais destiné à la pulvérisation du plâtre le 15 décembre 1840. Et pour son moulin béarnais il a construit un ensemble de 3 réservoirs en étage pour alimenter son moulin. Nous pensons que son système était le suivant ; une 1ère roue « montait » une partie de l’eau dans un premier bassin ; sur le trop plein de ce bassin une 2ème roue « montait » une partie de l’eau dans un 2ème bassin qui faisait fonctionner une 3ème roue pour alimenter le dernier bassin et c’est la chute d’eau de ce dernier bassin qui pouvait actionner le moulin à plâtre. Jean Clouchet profitait ainsi du fait que des sources étaient nombreuses et régulières.

Le 11 novembre 1844 adjudication d’un autre terrain communal à La Cave (la cave ou la carrière, soit juste à côté de la carrière de Clouchet) à Antoine Ladagnoux. Son exploitant Antoine Hignères qui ne trouve rien veut résilier son bail, mais la commune n’est pas d’accord car il a été pendant 20 ans ouvrier chez Clouchet donc il connaissait bien les terrains et le cahier des charges est précis sur le fait de payer même si rien n’est trouvé. Il voudrait pouvoir creuser sur Bagnade mais l’obligation de respecter le talus le long du chemin vicinal le bloque et va le ruiner. Il demande et obtient la possibilité de construire son four à environ 500 m de la forêt.

La renommée de cette exploitation ne manque pas d’impressionner les autorités ; Abadie de Sarrancolin en parle ainsi en 1856 dans « histoire des Pyrénées sous Napoléon III » « les carrières de Barlest fournissent du gypse à plusieurs moulins à plâtre. La qualité que l’on extrait est belle et il en est fait un commerce considérable hors du département ».

Dans « les richesses des Pyrénées françaises et espagnoles »: de Cénac Moncaut paru en 1864, il est signalé que « la pierre gypseuse de Pontacq occupe 15 ouvriers avec 1 moulin pour 12 703fr ».  Ces chiffres confirment l’importance de cette exploitation.

Le 17 Août 1873 Jean Clouchet transmet l’exploitation à son neveu Charles Clouchet par testament (5). Le 1er octobre 1873 Jean Clouchet décède mais l’exploitation continue avec Charles Clouchet.

Le 20 avril 1878 la chaîne qui remonte la benne se brise et Pasquine Germain manque de mourir ; c’est semble-t-il, selon le souvenir du maire la 2ème fois que la rupture de la chaîne cause un drame ; mais la première fois il y avait des mineurs dans la benne et donc il y a eu des morts, nous n’avons pas retrouvé la date de cette catastrophe.

En 1879 les eaux envahissent les galeries. La carrière est fermée.

Charles Clouchet décède le 14 août 1881 c’est son frère Marie Léonce Clouchet qui reprend la direction mais il est à peu près certain que la plâtrière reste fermée.

Quelques années passent jusqu’à ce qu’Albert Clouchet fils de Marie Léonce Clouchet écrive pour poursuivre les travaux d’épuisement de la carrière. Albert s’était engagé dès qu’il l’avait pu et, devenu aspirant au 8ème régiment d’infanterie coloniale à Brest, il revient à Barlest avec l’intention de réouvrir la carrière et la plâtrière. Le préfet demande des précisions pour accepter cette réouverture qui sera confirmée le 5 juin 1912, ce qui lui permet d’être visible, avec son canotier, sur une carte postale qui montre cette exploitation en pleine activité (en 1912). Au-dessus du puits une construction abrite la roue qui sert à remonter un wagonnet de gypse. Ce wagonnet doit être remonté sur plus de 40m par un cheval qui doit donc parcourir 40m sous un auvent, que l’on voit bien sur cette carte postale, ensuite ce fut un moteur qui assura la remontée du wagonnet. Toujours selon le souvenir du maire, le cheval qui servait à remonter le gypse dans les débuts de l’exploitation, était descendu au fond de « la cloche » et ne remontait plus !

Le gypse, qui a été débité en blocs réguliers au fond de la carrière, est donc remonté et chargé dans les fours droits : une fois cuit et transformé en plâtre il est broyé dans un moulin à augets actionné par le ruisseau du Buala dont on a parlé plus haut. Ensuite chargé sur des charrettes à bœufs, visibles sur une autre carte postale du début du 20 ème il est livré à Pontacq, puis plus tard par camion à la gare de Lourdes.

La mobilisation fait partir Albert pour le front où il est tué en février 1915 (6) ainsi que son frère Georges en novembre de la même année. Depuis son départ, c’est son épouse aidée d’une part par son père Marie-Léonce qui assure la direction de l’entreprise et d’autre part, par André Guagnino, la cheville ouvrière de cette association.

A la fin de la guerre il faut créer une association en participation pour assurer la pérennité de l’entreprise familiale, elle est constituée le 11 mai 1918 d’une part avec Marie-Léonce Clouchet, Jeanne Clouchet sa petite fille dont la tutrice sera Mme Veuve Albert Clouchet et d’autre part avec André Guagnino (7) la cheville ouvrière de l’Association depuis sans doute le décès du fondateur Jean Clouchet.

En 1942 Marie-Léonce Clouchet décède : par testament il lègue sa part à ses 2 filles Charlotte et Louise Clouchet ; les associés sont donc ces 2 demoiselles ainsi que Jeanne Clouchet fille d’Albert Clouchet et André Guagnino.

Mr Kulbicki succède à André Guagnino comme exploitant. Par la suite en 1951, il fut remplacé par Monsieur Escudier résidant à Lourdes qui assurera la fin de la carrière en exploitant les piliers, avec, comme conséquence des effondrements sensibles en surface malgré la profondeur des galeries (dossier DRIRE de Toulouse et BRGM).

La fermeture de la carrière a lieu en juin 1958 alors que la fermière est Melle Clouchet Charlotte (8) de Pau et la liquidation officielle ne sera signée qu’en 1969 et le site racheté par la commune de Barlest (9).

Divers plans sont connus depuis 1821 jusqu’au dernier de 1954. En étudiant ce plan établi en 1954 par le Service des mines on constate que la carrière a pris la forme d’un escargot avec une emprise finale évaluée à 130m en Nord Sud et 100m en Est Ouest soit une surface d’environ 13 000m2 avec une hauteur moyenne de 11m pour les galeries ; la chambre centrale ayant 35m de hauteur et une surface au sol d’environ 400m2.

Ce sont plus de 30 000m3 de gypse qui ont été extraits de cette carrière dont certaines galeries dépassaient 12m de haut et aucun remblaiement n’ayant été réalisé pendant plus de 130 ans d’exploitation, de nombreux incidents pendant et surtout après la fermeture vont malheureusement émailler l’histoire de cette belle aventure familiale.

C’est le moment de s’intéresser à l’escalier en colimaçon, avec une rambarde plus ou moins rassurante aux dires de M. Caillabet (10), qui l’a emprunté en tant que visiteur. Représentons-nous un puits d’environ 8m de diamètre creusé dans la terre superficielle pour atteindre le haut du gisement de gypse. A partir de là on extrait le gypse en augmentant la taille du puits qui va prendre la forme d’une énorme cloche. En même temps que l’exploitation descend on taille régulièrement un escalier en colimaçon dans la paroi. Cet escalier va servir tous les matins pour atteindre le front de taille et tous les soirs pour sortir de la carrière. La remontée du gypse dans une benne peut ainsi se faire dans l’espace fixé par le puits supérieur de 8 m de large et les ouvriers peuvent travailler en dehors de cet espace. Tout cela peut paraître fonctionnel surtout en cas de rupture de la chaîne qui tire la benne : les ouvriers peuvent descendre vers leur chantier. Si l’on croit certains témoignages il est évident qu’utiliser la benne au lieu de descendre ou remonter des dizaines de marches quand il faut descendre à 35m, c’est plutôt tentant voir amusant ! Mais quand on a constaté qu’un jour la chaîne s’use et qu’une benne tombe à côté de vous, chargée de 600kg de moellons, vous commencez à vérifier l’usure de la chaîne chaque matin et réfléchissez le soir d’autant que la direction a décidé que la chaîne ne serait changée que quand elle cassera ! Alors vous remontez ces fichues marches, vaguement assuré par une rambarde, et une fois arrivé à la base du puits initial vous avez encore 10 à 15 m d’échelle aux rolons bien gras et usés. Il fallait être sportif en ce temps-là. a pensé M. Caillabet quand il a visité la carrière.

Plus loin, nous vivrons l’épisode dramatique d’un sauvetage en 1878 après la rupture de la chaîne grâce au témoignage extraordinaire d’humanité : nous vous le livrerons en fin de cette histoire.

Ce gisement placé quasiment en surface à la suite de mouvements tectoniques, devait avoir la forme d’une lentille ; d’où le mode d’exploitation choisi « bouteille et galerie circulaire ».

Le gisement a fourni un plâtre très estimé par sa grande facilité d’emploi, car il permettait un temps de travail très long et pour sa couleur légèrement rosée.

En 1921 ce sont 2 134 tonnes de gypse qui ont été extraites avec 5 ouvriers.En 1924, mise en route de machines modernes et particulièrement d’une perforatrice mécanique Ingersoll et son compresseur pour percer les trous de mine utilisés pour les tirs à poudre noire.

En 1925, 2 fours verticaux cuisaient le gypse et 2 fours horizontaux assuraient la cuisson quand les fours verticaux étaient indisponibles.

Entre 1948 et 1952 la production pouvait atteindre 10 t par jour soit 200 sacs de 50kg selon le témoignage de Mr Jean Cazenave employé à la plâtrière à cette époque et qui précise que la cuisson se faisait au charbon de bois.

Nous avons pu lire plus haut que l’activité fut abandonnée en 1958. Un rapport du BRGM nous apprend qu’un certain nombre d’effondrements plus ou moins graves se sont produits notamment en 1954 à l’intérieur de la carrière. Par la suite d’autres effondrements plus importants amenèrent la commune à combler les cavités. Plusieurs articles de presse ont relaté ces effondrements qui ont conduits à « dériver » le chemin du Buala et à faire évacuer deux maisons. La zone à risques est maintenant bien délimitée et enfouie sous les ronciers.

En 2013 au cours d’une exploration sur le terrain en zone à risques, je n’ai retrouvé que les ruines des fours droits et aperçu dans les broussailles un peu plus haut la maison qui servait d’habitation au contremaître.

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Ruines d’un Four vertical en 2013

Enquête de Simon Peyrouset Maire de la Commune de Barlest, suite à un Accident dans la Carrière de Plâtre de Barlest.

Le 23 décembre 1878

L’an mille huit cent soixante-dix-neuf et le vingt avril, nous Simon Peyrouset, Maire de la commune de Barlest, Département des Hautes-Pyrénées, chargé par Mr. le Sous-Préfet de l’arrondissement d’Argelés, suivant sa lettre du deux de ce mois, de procéder à une enquête relativement à l’acte de courage accompli le 23 décembre dernier par Capdevielle Jean-Marie et Mieugard Jean en retirant d’une carrière de plâtre située dans notre commune le nommé Pasquine Germain qui avait été grièvement blessé, nous nous sommes transportés au domicile de Pasquine Germain, qui est encore malade et dans l’impossibilité de se rendre à la mairie. Après lui avoir fait connaître le motif de notre visite, nous l’avons prié de nous raconter comment il a été blessé et comment il a été retiré du souterrain où il travaillait.

Il nous a dit : J’étais dans la carrière, tourné du côté opposé au puits. Je faisais un trou dans la pierre à plâtre pour la faire éclater avec de la poudre. Non loin de là Capdevieille Jean-Marie préparait des morceaux de cette pierre et Bougel Jacques en chargeait la caisse avec laquelle on les montait ; tout à coup j’entends le mot gare ! des pierres qui tombent, mais au même instant, je reçois un coup très violent à la partie inférieure du dos, je suis jeté en avant les bras étendus et le visage contre terre. Voyant que personne ne vient me relever, je dis aux ouvriers qui sont là : Messieurs, voulez-vous me tirer d’ici ou aller chercher quelqu’un qui veuille m’en tirer ? Aussitôt Capdevielle Jean-Marie vient à moi et me dit : Tenez prenez-vous à mon cou. Il me met sur ses épaules, monte une première échelle placée à côté d’un grand bassin plein d’eau et me porte à l’escalier en pierre. Ici l’espace est de beaucoup insuffisant soit en largeur soit en hauteur pour me porter commodément. Pour pouvoir passer avec moi Capdevielle est obligé de grimper en s’aidant des pieds et des mains. Malgré cette précaution je touche en haut, je sens en même temps que d’autres me soutiennent et me poussent par derrière. Ils me font tant de mal que je suis obligé de leur répéter sans cesse : laissez-moi, laissez-moi.

Ceux qui me portent sont aussi en souffrance. En me tenant au cou de Capdevielle je l’étouffais, en outre il supporte le poids de mon corps. Les deux autres marchaient à genoux en me soutenant les pieds avec les mains, ils ne peuvent se cramponner à rien. Si par malheur l’équilibre est rompu je tombe dans le précipice et je les entraîne tous les trois avec moi.

Capdevielle et Pérès me portent enfin au sommet de la longue échelle qui traverse la profonde ouverture de la carrière. Là Théas Louis, Lacoste Francis me prennent et me déposent à terre. On m’a enfin porté chez moi sur une chaise mais j’étais alors sans connaissance.

Lecture faite au Sieur Pasquine Germain de sa déclaration, il a signé avec nous.

Nous nous sommes transportés immédiatement après dans la maison commune et nous avons procédé à la réception des autres déclarations, lesquelles nous ont été faites individuellement et successivement ainsi qu’il suit :

1°) Est comparu le Sieur Théas Louis qui nous a dit : J’étais au bord du puits de la carrière pour vider la caisse chargée de pierres à plâtre quand elle arrivait en haut, une fois en la prenant l’une des chaînes auxquelles elle était suspendue s’est cassée et les pierres qu’elle contenait sont tombées au fond. J’ai crié gare ! Bientôt j’ai entendu un cri plaintif et Bougel m’a crié du fond du puits que Pasquine était grièvement blessé. Je suis descendu à leur rencontre sur l’escalier, Capdevielle Jean-Marie qui portait Pasquine Germain sur ses épaules et le Sieur Mieugard Jean et Pérès qui le soutenait par derrière. Je remonte au-devant d’eux et arrivé en haut Lacoste François et moi nous avons pris le blessé par les bras et l’avons assis sur une chaise.L

Lecture faite au sieur Théas Louis de la déclaration et l’a signé avec nous.

2°) Est comparu le Sieur Bougel Jacques qui nous a fait la déclaration suivante :      J’étais au fond de la carrière occupé à charger l’auge, tout à coup j’entends des pierres qui tombent et quelqu’un crier gare ! Au même instant Pasquine Germain est touché par une de ces pierres. Il tombe et je vois Capdevielle Jean-Marie son voisin qui s’empresse de venir à son secours. Germain lui dit : je suis bien blessé. Capdevielle lui répond : prenez-vous à mon cou : je vais vous remonter. Il le prend aussitôt sur ses épaules et monte la première échelle située à côté d’un bassin d’eau. Arrivé à l’escalier, Mieugard Jean et Pérè Pierre s’empressent d’aller soutenir le blessé par derrière.

Lecture faite au comparant de la déclaration, il a signé avec nous.

3°) Est comparu le Sieur Pasquine Jacques qui nous a dit : Au moment de l’accident j’étais au moulin à plâtre. Ibrard Joséphine vint me chercher pour porter secours au blessé. Je descends dans la carrière, et après avoir descendu la moitié de l’escalier je rencontre Capdevielle Jean-Marie qui portait Pasquine germain sur les épaules et Mieugard Jean et Pérès Pierre qui le soutenaient par derrière. Capdevielle me dit : Va chercher tout de suite un peu d’eau de vie. J’y allai et je revins au moment où on venait de déposer le blessé sur la terre. Il en prit un peu après quoi on le porta chez lui.

Et le comparant a signé la déclaration après qu’il lui en a été fait lecture.

4°) Est comparu le Sieur Lacoste François qui a dit : Au moment de l’accident, j’étais au moulin à plâtre. Ibrard Joséphine vint nous annoncer la triste nouvelle. Je courus au bord du puits de la carrière et après avoir attendu longtemps je vis Capdevielle Jean-Marie monter l’échelle supérieure chargé du sieur Pasquine Germain. Arrivé au sommet comme le passage était très étroit Théas Louis et moi nous primes le blessé par les bras et le déposant à terre.

Et le comparant à signé la déclaration après que lecture lui en a été faite.

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Sources et Notes

1°)  Le Trias est la période de temps géologique qui s’étend de -251 millions d’années à -201,6 millions d’années. Elle se divise en trois périodes intermédiaires : inférieure (de -251 à -245 millions d’années), moyenne (de -245 à -235 millions d’années) et supérieure (de -235 à -201,6 millions d’années. Le gypse dans les Pyrénées et principalement dans nos régions est présent et s’est déposé au Trias supérieur, il y a environ 220 millions d’années.

2°)  Jean Clouchet était né à Ossun (65) en 1799, il vint à Pontacq comme maître de pension. Il épousa en 1822 (Jeanne Marie Lacoste Veuve de Jean Casamajor). Industriel de génie, il développera plusieurs industries à Pontacq (Vers à soie, briqueterie, exploitation de tourbe, exploitation du gypse). Il fut un maire de progrès de 1855 à 1871, il se battit pour le passage de la section de la ligne de chemin de Fer de Pau à Tarbes par Pontacq, nous lui devons l’actuelle mairie qui regroupait à l’époque : la halle, l’école, la Justice de Paix et le abinet du maire et le bureau du commissaire de police

3°)  Très certainement qu’il s’agit de Monsieur Antoine Naude de Pontacq Entrepreneur en Travaux Publics, dans la suite de l’histoire, nous rencontrons le même nom avec un peu plus de précisions (Antoine Naude aîné). C’était le fils aîné de Dominique Naude et de Marie Anne Barbanègre (sœur du général).

4°)  Pouyto, j’ai changé le nom de Pouyto par Poeyto, le nom de Carrère Poeyto est bien lisible dans l’acte du notaire Cyprien Vignalou de Saint Pé et je pense que le Pouyto auquel vous il est fait référence en 1831, 1836 et 1837 est le même.

5°)  Charles Clouchet, le neveu à Jean était un des enfants de son frère Jean Marie Clouchet Médecin et maire de Barzun de 1843 à 1866. Pour plus de renseignements sur ce personnage voir « Les Cahiers du Patrimoine en Ribère-Ousse » n° 1 (2008), page 29.

6°)  Albert eut une fin héroïque le 28 février 1915 à la ferme Beauséjour à Minaucourt (51) où il fit don de sa vie. Pour en savoir plus, voir Les Cahiers du Patrimoine en Ribère-Ousse HS (2010), page 33.

7°)  André Guagnino était né à Agen en 1873, il devait décéder à Pontacq à la maison Clouchet en 1960, il finit ses jours pratiquement aveugle.

8°)  C’était Charlotte Clouchet, qui était la fermière, elle décéda en 1963, c’est sa sœur Marie Louise demeurant à Pau qui en hérite par testament. Elle en est donc la propriétaire avec pour une moindre part Mme Marie Thérèse Clouchet, mariée Boutry demeurant à Aureilhan (65).

9°)  La cession à la commune de Barlest (65) est signée le 28 avril 1869.

10°) A propos de M. Caillabet, Maire, il s’agit de Monsieur Jean Marie Caillabet qui fut Maire de la commune de Lamarque Pontacq (65) de 1944 jusqu’à son décès qui intervint en 1973, par la suite c’est son fils qui prit la succession à la tête de la commune (1973/1989) et qui est décédé au cours de l’hiver 2012.

Par Noël Paradis-Cami

Association « Patrimoine en Ribère-Ousse » – siège social, Mairie – 64530 Pontacq.

Article paru dans le Bulletin « Les Cahiers du Patrimoine en Ribère-Ousse » n° 8 de l’année 2015.

Cet article, ne peut être copié, modifié et ou exploité sans l’accord express de l’association.