Document réalisé par Julien Salette, Conseiller Technique des Plâtres Vieujot,             région Occitanie

Note de l’auteur : Je n’ai pas pu consulter directement toutes les sources présentées. Cet inventaire des sources médiévales occitanes provient de la banque de données des Plâtres Vieujot. Je remercie Michel Potin pour ces informations qui raviront les passionnés de plâtre. Les érudits locaux sont invités à continuer cette recherche. De nouveaux documents sur le plâtre restent encore à découvrir. On ne trouve que ce que l’on cherche ! Pour tout complément ou nouvelles sources à ajouter à cet article, merci de contacter l’auteur : julien.salette@vieujot.com.

Le plâtre est un matériau peu valorisé dans notre région. Les façades en plâtre sont plus souvent détruites que restaurées à l’identique comme si notre grande région n’était pas une région de plâtre. Or, plusieurs mentions médiévales attestent de l’ancienneté de la production et du travail du plâtre en Occitanie.

Si le terme « Gip » signifie plâtre en langue occitane, il semble s’agir d’une variante provençale. En effet, en région Occitanie la version « Geis » ou « Giss » semblent les plus usités jusqu’au milieu du XVIe siècle où la francisation du royaume introduit progressivement le terme « Plastre ».

Pré-inventaire des sources écrites médiévales par ordre chronologique :

–        Saint-Jean de Barrou (11) : 1218

–        Narbonne (11) : 1249

–        Montlaur (11) : 1291

–        Tarascon/Ariège (09) : antérieur à 1322

–        Montlaur (11) : 1331

–        Clermont-l’Hérault (34) : 1347

–        Labarthe-Bleys (81) : 1408

–        Toulouse (31) : 1473

–        Cordes (81) : 1500

Le plâtre médiéval dans les Corbières :

Dans cette région, les mentions de plâtre au Moyen-Âge concernent le plus souvent des droits octroyés aux habitants pour construire des fours à plâtre. Nos mentions se répartissent en trois aires géographique :

–  Un centre urbain : Narbonne (1249)

–  Des terroirs sous influence de l’Abbaye de Lagrasse : Montlaur (1291, 1331)

–  Des terroirs sous influence du vicomte de Narbonne : Saint-jean du Barrou (1218)

Narbonne (Aude, 11)  en 1249 : Le plâtre dans les constructions

En 1249, à Narbonne, les fêtes catholiques et le dimanche chômé ne semblent pas suivies par toute la population. Afin de remédier à ces défections, la ville de Narbonne rédige un édit afin de réglementer le travail durant les fêtes et le dimanche.

Ce règlement « interdit, sous peine de confiscation, tout transport de tuiles, fumiers, sable, plâtre, chaux, terre, décombres, pierres, etc., et toute vente d’objets non comestibles excepté ceux qui peuvent être nécessaires aux nouveaux baptisés, aux malades et aux morts, les dimanches …[ suit une liste de fêtes ] ».

( Inventaire des archives communales de Narbonne , antérieures à 1790 : série AA et annexes)

Seules les activités économiques liées aux fêtes religieuses, baptêmes et funérailles sont donc autorisées. Sont ainsi interdites les activités marchandes classiques ainsi que les activités qui peuvent gêner la circulation de la foule ou des processions lors des festivités . Pour le transport de pondéreux, hormis le fumier, tous les cas cités concernent des pondéreux de la construction narbonnaise en 1249 : tuiles, sable, plâtre, chaux, terre, gravats, pierre. Ainsi en 1249, le plâtre est un matériau usuel de la construction à Narbonne.

Montlaur (Aude, 11) : Terroir plâtrier sous influence de l’Abbaye de Lagrasse : 1291 et 1331

Les habitants de Montlaur ont comme seigneur l’abbé de Lagrasse. En 1291, la communauté de Montlaur reconnaît l’Abbé comme seigneur. En contrepartie, ce dernier confirme par écrit les anciens droits des habitants de Montlaur. Qui ont droit aux coupes de bois, de construire des fours à plâtre, à chaux, de construire des moulins, de cuire des tuiles et du charbon de bois. Dès 1291, la production de plâtre est ainsi attestée à Montlaur. (Information tirée du Bulletin de la Société d’études scientifiques de l’Aude de 1934, p.63)

Quarante ans plus tard, ce droit des habitants de Montlaur est confirmé à nouveau par Guilhelme, abbé de Lagrasse. Cet acte est plus précis que le précédent puisqu’il est question de franchises et de droit de faire des fours dans la forêt de Nahuse. Si aucune forêt, ni lieu-dit ne porte ce nom, une église en ruine isolée porte le nom de Saint-Michel de Nahuse et oriente la localisation de cette forêt médiévale.  (Référence de source non communiquée)

A Montlaur, la production de plâtre est ancienne, apparemment exempte d’imposition et gérée par des membres du village. Rien n’atteste de l’usage local de ce plâtre, aucune interdiction de vente n’étant prononcée…

Saint Jean de Barrou (Aude, 11): Terroir plâtrier sous influence du vicomte de Narbonne : 1218

L’acte concernant l’activité plâtrière à Saint-Jean de Barrou  est actuellement le plus vieux document des Corbières mentionnant le plâtre en région Occitanie :

« L’an du Seigneur mille deux cent dix huit, le sixième jour des calendes de septembre, régnant Philippe (Auguste) de France, sachent tous que nous Amalric par la grâce de Dieu , vicomte et seigneur de Narbonne, comme aussi seigneur de Saint-Jean de Barrou et de Castelmaure (Embres-Castelmaure) tant pour nous que pour nos héritiers…. n’étant ni forcé, ni contraint, mais de notre propre et libre volonté, considérant et réfléchissant sur plusieurs et agréables services que tous les hommes et femmes de Saint-Jean de Barrou et de Castelmaure, nous ont rendu et rendent incessamment, nous donnons et concédons à nouveau fief et acapte, à perpétuité, aux dites universités, et à vous syndicz, Guillaume Sigar et Gilles Mournet desdits forts pour vous et tous les hommes et femmes présents et futurs des dits lieux …. Accordons scavoir que les dits hommes et femmes chacun en leurs particuliers puissent faire et tenir à perpétuité chaque année dans leurs biens trois devèzes du premier jour du mois d’octobre jusques au vingt-cinquième jour du mois de mais et du dit jour vingt cinq du dit mois de mars jusques à la veille de Pentecôte une devèze seulement  :

tenir plusieurs fours à cuire le pain –  faire de la chaux, du plâtre, de l’huile —  prendre sable pour bâtir maisons et bergeries. – planter et couper arbres de quelle qualité qu’ils soient pour bâtisse de leurs maisons et pour vendre..

Acte de 1218. tiré du Bulletin de la Société d’études scientifiques de l’Aude de 1928 , p 127.

Tout comme à Montlaur, le seigneur concède aux villageois de Saint-Jean de Barrou sans imposition l’autorisation de construire et utiliser des fours à pains, à plâtre, à chaux et de prélever les matériaux nécessaires à la construction : bois et sable et ce dans un espace jusque-là défendu (cf. devèze).  Cette liberté d’exploitation du plâtre est toutefois régulée. Elle est à son amplitude maximale durant l’automne et l’hiver, réduite au printemps et interdite l’été. L’activité agro-pastorale suggérée par la construction de bergeries semble rythmer la communauté occupée durant l’été à 100% sur l’agriculture, les transhumances et les foins et plus disposée à l’activité de la construction de l’automne au printemps, soit pendant l’hivernage des troupeaux ovins.

Il est fait mention de sable pour bâtir maisons et bergerie  .Or le plâtre ne nécessite pas l’emploi de sable. Peut-on suggérer qu’en 1218, à Saint-Jean de Barrou, on bâti à la pierre et mortier de chaux tandis que le plâtre est réservé aux enduits intérieurs et extérieurs ? Seul un croisement avec les résultats de fouilles archéologiques nous permettrait de pouvoir en être certain.

Malgré la nature différente de leur seigneur – ecclésiastique pour Montlaur et laïque pour Saint-Jean de Barrou – les communautés villageoises accèdent d’une façon réglementaire et réglementée à la ressource plâtre de leurs terroirs. Les cas mentionnés sont explicites, les plâtres anciens sont utilisés pour la construction.

Le plâtre médiéval dans le Midi toulousain:

–   Tarascon/Ariège (09) : 1322

–   Labarthe-Bleys (81) : 1408

–   Toulouse : 1473

–   Cordes (81) : 1500, 1524

Le plâtre dans les Pyrénées ariégeoises : Les mots d’un plâtrier tarasconnais (Ariège, 09) en 1322

Plus de 60 ans après le bûcher de Montségur, censé être la fin du catharisme, la religion des bons hommes réapparaît dans les Hautes-vallées de l’Ariège grâce aux prédications de l’axéen Pierre Autier. Afin de remédier au renouveau hérétique, l’évêque catholique de Pamiers, Jacques Fournier, se charge du tribunal de l’Inquisition en mettant en place une méthode novatrice qui fera ses preuves et lui permettra de devenir Pape.

Au cours de longs interrogatoires, il cherche à rassurer le déposant, à gagner sa confiance, le laissant parler de son quotidien et développer ses mensonges parsemés de vérités. C’est en recoupant les témoignages que peu à peu, les inquisiteurs discernent vérités et mensonges.

C’est dans ce contexte qu’Arnaut de Savinhan, entrepreneur du bâtiment à Tarascon fait une déposition en novembre 1322. Relatant ainsi un fait antérieur de plusieurs années dans le village de Quié situé à proximité de Tarascon/Ariège, c’est en toute simplicité que celui-ci déclare au cours de son interrogatoire :

« …moi, qui travaillait alors du plâtre à Quié… »

Registre d’Inquisition de Jacques Fournier, Tome 1 p.208.

Les mots simples d’un maçon-plâtrier évoquent un travail d’application du plâtre. Ces mots de techniciens sont rares dans les sources écrites médiévales. Nous sommes ici en présence d’une des plus vieilles mentions médiévales de mots de plâtriers en France.

Toulouse en 1473 : Les propriétés ignifuges du plâtre

Suite à l’incendie de Toulouse de 1463, une ordonnance des capitouls est promulguée le 3 mars 1473 et traite différents aspects de la lutte contre les incendies urbains. L’article 4 de cette ordonnance est consacré à la création des cheminées (HH66, Archives Municipales de Toulouse) :

« Ainsi, que dorénavant chaque habitant et particuliers de Toulouse qui fera ou fera faire cheminées, les fera ou fera faire avec [   ] [   ] [   ] [   ] par dessous et [   ] le manteau de celle-ci [   ] ensemble tout le derrière de brique violette ou plâtre ou autre matériau suffisant au dit  et égard desdits experts sur peine que autrement icelles cheminées seront abattues [   ] [   ] sur peine de 20 sous tournois. »

Les cheminées sont particulièrement visées car l’incendie de Toulouse de 1463 qui a ravagé une grosse partie de la ville aurait pour origine l’incendie d’un four à pain. La mention toulousaine de 1473 est donc un cas précoce de réglementation où le matériau plâtre est reconnu pour ses propriétés ignifuges  (avec le Livre des Etablissements de Bayonne en 1294).

Au nord de Toulouse, la région de Cordes: Le plâtre à Labarthe-Bleys (Tarn, 81) en 1408

Latreyne, lieu-dit de la commune de Labarthe-Bleys, est situé aux environs de Cordes (Tarn, 81). La première mention du gypse à Latreyne  date de 1408 : «  le gypse ou pierre à plâtre a été pendant longtemps extrait des environs de Latreyne. On trouve une guifferia (carrière de gypse) ultra Traynam (Latreyne) mentionnée en 1408».

(Extraits des notaires du 17 et 18ème siècle concernant le pays albigeois, Revue historique, scientifique et littéraire du département du Tarn, 1900)

Cordes : Deux contrats d’apprentissage de plâtrier : 1500, 1524

A la fin du XVe siècle, le plâtre est toujours utilisé dans la région puisque 2 contrats d’apprentissage pour le métier de « guisseri » (plâtrier) sont passés à Cordes (Tarn, 81), l’un en 1500, l’autre en 1524

Extraits des notaires du 17 et 18ème concernant le pays albigeois, Revue historique, scientifique et littéraire du département du Tarn, 1900.

L’Hérault et le Plâtre au Moyen-Âge :

-Clermont-l’Hérault : 1347

Les carrières de Clermont-l’Hérault/Cressan (34) en 1347

En 1347 une transaction fut signée entre Bérenger De Guilbem, seigneur de Clermont en Languedoc et les habitants pour fixer les droits des uns et des autres. L’exploitation des carrières de plâtre que renferme le territoire commençait à prendre un certain développement et est l’objet d’une réglementation. Cet acte de 1347 met en évidence que la production de plâtre est assez conséquente pour avoir un impact non négligeable sur le terroir et notamment  sur la réserve en bois. C’est ce qui fit restreindre la production de plâtre aux étroites limites des besoins de la Baronnie. Un article de la charte communale prohiba l’exportation du plâtre hors du territoire ; l’accord stipulait, entre autre que « les fours à chaux, gros consommateurs de bois, ne devront pas fournir de plâtre à l’exportation, excepté pour le seigneur qui pourra en faire sortir de la baronnie pour réparer des édifices lui appartenant.».

(Auguste Durand – Histoire de la ville de Clermont l’Hérault et de ses environs – 1837)

(Auguste Durand – Histoire de la ville de Clermont l’Hérault et de ses environs – 1837)

Le plâtre est souvent perçu à tort comme un matériau local à usage local. Cet acte de 1347 met en évidence, dès le 14ème siècle, des besoins en plâtre qui nécessitent l’exportation et la circulation du matériau hors des zones de production.

Conclusion:

Au regard de ces premières mentions médiévales, la région Occitanie apparaît comme une ancienne région de plâtre. Son espace est parsemé de plusieurs espaces de production/consommation de plâtre: Hérault, Corbières (Aude), Pyrénées (Ariège), Tarn et d’espaces exclusivement de consommation du plâtre comme Toulouse.

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