Découverte d’un sac de plâtre de Tarascon de  1939

dans la Chapelle Saint-Joseph de Lagrave, Toulouse (31)

par Julien Salette

Ce sac de plâtre en papier découvert à Toulouse (31) sur une corniche haute (située à 32 mètres de hauteur) de la chapelle Saint Joseph de La Grave, est composé de trois couches de papier kraft (l’enrobage plastique n’existait pas encore à la fin des années 30). Une seule face du sac est bien conservée.

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On peut y lire en lettres capitales bleues :  TARASCON   PLATRE    EXTRA BLANC   B

La lettre « B » est  imprimée à la perpendiculaire du « E » d’ « EXTRA BLANC » et fait sûrement référence à une qualité de plâtre. Aucune autre inscription n’est visible sur les tranches, ni sur les rares parties conservées de l’autre face. Il semblerait donc que l’on soit en présence d’un sac antérieur au rachat des plâtrières du Tarasconnais par la Société des Plâtrières de France (Tarascon, Portel des Corbières, Plâtres du Vaucluse), lorsque les plâtrières d’Arignac, Bédeilhac, Aynat et Tarascon étaient encore gérées par la Société Générale des Plâtrières de Tarascon (SGPT) créée en 1937.

L’estimation de la datation du sac de plâtre est liée à une phase de travaux qui correspondent à la reconstruction de la coupole en ciment armé. Ces travaux commencés en juillet 1938 se sont achevés en juin 1939. Le plâtre blanc appliqué sous la coupole correspond à la finition de cette phase de chantier. Le sac de plâtre de Tarascon « laissé » sur la corniche haute à près de 32 mètres de hauteur est invisible d’en bas… Le sac était presque plein. Son poids a-t-il découragé le plâtrier qui n’a pas osé descendre le sac ni par l’escalier de service ni à la corde ? (Cf l’Auta, janvier 2011, Jaques Frexinos : « L’histoire mouvementée du dôme de La Grave »).

Sur le sac, aucune mention de la « Société Générale des Plâtres de Tarascon » n’est faite ni par écrit ni par un logo. Après le rachat par La Société des Plâtrières de France, la mention « Tarascon » sera écrite en caractères plus petits. Ici, les lettres composant « Tarascon » ont une hauteur de 5,8cm, celles du mot « PLATRE », une hauteur de 8,2cm et celles d’ « EXTRA BLANC » une hauteur de 6cm. Même si la communication est sobre, l’essentiel est dit. La nature du matériau : le plâtre est écrit en plus gros. La couleur : extra-blanc est liée à la qualité très blanche du plâtre de Tarascon ; mais aussi sa fonction : c’est un plâtre de finition de qualité supérieure (« extra »). Ensuite son origine : « Tarascon » sur Ariège (09).

Il est surprenant (comparé aux époques postérieures) que le lieu de production soit autant mis en avant. C’est comme si « Tarascon » était une marque de fabrique. Je comprends mieux à présent lorsque je parle avec des anciens plâtriers qu’ils identifient autant « le plâtre de Tarascon ». « Tarascon », à la fois lieu de production et marque de fabrique évoque un plâtre fort, utilisable autant en intérieur qu’en extérieur, très blanc pour les qualités supérieures mais pour les qualités inférieures de couleur légèrement grise. Dans la culture pluri-séculaire de la plâtrerie du midi toulousain, le plâtre de Tarascon est un successeur du « Plâtre de la Montagne » très prisé à Toulouse depuis le 18ème siècle (acte de 1777) mais très certainement beaucoup plus ancien (mention du travail du plâtre à Tarascon en 1324).

Le sac contenait encore du plâtre… Il était pris mais avec une mauvaise prise. Car si le sac était conservé à l’abri depuis 80 ans, l’humidité ambiante à transformé le plâtre poudre en plâtre pris et je rajouterai en « plâtre pris mal gâché ». Pour les spécialistes, le rapport Eau/Plâtre ne peut ici donner un bon plâtre. Toutefois, l’analyse macroscopique de ce plâtre « extra blanc de Tarascon » suggère quelques observations :

Ce plâtre de 1939 s’inscrit dans la tradition des plâtres pris que j’observe sur les façades du XVIIIème et XIXème siècle dans sud toulousain. La matrice est très blanche, parsemée de petits cristaux brillants. A la loupe de grossissement X20, on observe une texture qui ressemble à la neige poudreuse lors d’une belle journée d’hiver sans nuages avec sa myriade de reflets brillants au soleil. Beaucoup plus rares mais toujours présentes, des inclusions de pyrites roulées parfois cassées par la meule du moulin sont un traceur minéral du plâtre de Tarascon. En définitive, malgré toutes les évolutions techniques opérées depuis le milieu du XIXème siècle et grâce aux qualités du gypse du Tarasconnais, on observe à l’œil nu une permanence dans la texture de la matrice des plâtres pris, produits dans le Tarasconnais du XVIIIème au milieu du XXème siècle. Si des différences sont perceptibles, elles se situent au niveau de la mouture, plus fine pour ce sac du milieu du XXème siècle et au niveau de la couleur, plus blanche que certains plâtres de Tarascon plus anciens.

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