Salle des Gypses

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par Jean-François Bonnet

Cette salle, orientée nord-est, est appelée « salon du levant »  dans les inventaires de la période révolutionnaire.

Son ornement de gypseries est entièrement « rocaille », style exubérant qui atteint son apogée à la fin de la première moitié du 18ème siècle.

Dès les premières décennies de son existence, cet ornement de gypseries a connu plusieurs campagnes de décoration, passant du blanc ivoire au doré, puis complété par une polychromie généralisée qui est un chef d’œuvre en soi.

Un chef d’œuvre qui n’existe pas, car on connaît à ce jour aucune autre gypserie polychrome du 18ème siècle. Ce n’est que plusieurs analyses des strates de pigments et un bon nettoyage qui ont permis d’établir la datation et la présence de cette polychromie sur l’ensemble du décor.

Au 18ème siècle, l’ambiance rocaille commençait sur la place de l’église avec le portail monumental détruit dans les années 1970. Comme les encadrements de la façade restaurée dans son équilibre du 18ème siècle, il était construit en calcaire alvéolé et supportait un fronton en forme de chapeau de gendarme qu’on retrouve au-dessus de l’entrée du château ainsi qu’au-dessus des portes de la salle des gypses

20170903_façadeL’entrée du château avec ses encadrements en calcaire alvéolé et les restes d’un blason

C’est donc une restauration de grande ampleur qui a été menée à partir de 1734 par la nouvelle propriétaire du Château, Marie Thérèse de Ros, fille du Comte de San Féliu, Veuve de Gaspard de Gléon, baron de Durban, et veuve de Gaspard Pailhoux, médecin des Etats de Languedoc.

La scène principale de ce décor de gypseries se situe face à la cheminée et elle encadre un grand miroir doré. A son point focal, on découvre une effigie féminine qui porte en diadème un croissant de lune. Ce diadème est caractéristique de la représentation féminine en Diane dans la première moitié du 18ème siècle.

Les attributs de la déesse de la clarté lunaire, de la famille, plus connue comme déesse de la chasse sont distribués à l’entour, oiseaux, chiens, arcs, flèches.

De nombreux végétaux, feuilles et fleurs, s’y ajoutent pour former un tableau foisonnant.

20170823-visageLa demeure de Diane

Cette représentation échevelée de la nature est certes caractéristique du style rocaille qui s’en inspire librement, mais elle peut être aussi le reflet augmenté du cadre dans lequel on se trouvait au 18ème siècle avec la végétation de la rivière proche, le moulin à eau face aux fenêtres et les jardins acquis et crées par Marie Thérèse de Ros.

La restauration tant des gypses que du décor à veillé à laisser percevoir la différence entre les parties restaurées et restituées. Un trait de scie sépare les gypses en place de ceux qui ont été restitués, un ton plus clair marque les reliefs qui avaient perdu leur couleur du 18ème siècle.

A droite du miroir, les sinopia (traits au crayon) du stucateur originel ont été conservés.

 Face à la scène de chasse de chaque côté de la cheminée, des entrelacs végétaux issus des rocailles abritent des oiseaux traités de manière très réaliste. La cheminée a dû être refaite, elle est de style Louis XVI. Il n’y avait pas de miroir sur cette cheminée, seule la marque d’un tableau.

 A droite de la scène de chasse, un paon de belle taille occupe le bas du panneau. Le fantôme du paon sur le mur et des éléments stockés ont permis de le restituer.

Au-dessus du paon, le fantôme d’un trophée.

Les trophées étaient des bas-reliefs en gypse (instruments de musique, fleurs, tableaux de chasse), ils étaient suspendus (en apparence) au centre des panneaux. Les quatre ont été supprimés dès le 18ème siècle et nous n’avons aucun indice quant à ce qu’ils représentaient.

2017-08-27-Inauguration-Ch+óteau-Salle des Gypses-028Le paon et le fantôme d’un trophée 

A gauche de la scène de chasse, les panneaux ont été restitués à partir du peu d’éléments restants, en miroir par rapport à ceux qui leur font face.

Si le paon, animal de Junon, rappelle la thématique mythologique de la scène de chasse dominée par l’effigie de Diane, aucun élément ne nous est parvenu quant à leur composition éventuelle.

L’ensemble des quatre panneaux décrit une sorte de jardin d’Eden où les fleurs et les animaux s’épanouissent sous le regard bienveillant de Diane et/ou de Marie Thérèse de Ros.

Cet Eden, c’est peut-être le jardin mythologique des Hespérides ou poussait le pommier aux pommes d’or et qui était gardé par un dragon. Ici nous en avons quatre, à chaque point cardinal, qui veillent sur ce jardin extraordinaire.

La chimère de droite dans son état quasi définitif
Le dragon nord-ouest

La restauration des sculptures en gypse est l’œuvre de Pierre Mangin, Artisan d’Art, stucateur, et la réhabilitation du décor peint est l’œuvre de Paola Casaccio et Mirella Biancavilla (Biorestauro) restauratrices et décoratrices.