par Christelle Inizan. MAP/CRMH

Christelle Inizan est chercheur au Centre de recherches sur les monuments historiques au sein de la Médiathèque de l’architecture et du patrimoine. Titulaire d’une maîtrise d’histoire de l’art, elle a été notamment enseignante en histoire de l’art et recenseur des Monuments historiques. Ses  travaux portent sur l’architecture des années trente et le patrimoine de la Reconstruction, sur les plafonds peints parisiens des XVIIe et XVIIIe siècle. Elle prépare actuellement un manuel pratique de lecture des relevés de peintures murales commandés par la Commission des Monuments historiques. 

(La communication proposée s’insère dans la thématique 2 de votre programme d’intervention consacrée à l’enseignement de l’architecture par Blondel).

 

Pour suivre la présentation faite sur « Les savoirs théoriques et techniques transmis par Blondel au travers de l’exemple du matériau plâtre », se connecter sur la WebTV de la Cité de l’Architecture,

https://webtv.citedelarchitecture.fr/video/journee-etude-blondel-part-3

 

Résumé

La récente parution d’un album du Centre de recherche sur les monuments historiques sur le plâtre a contribué à mettre en évidence la filiation et la postérité théorique et technique de la pensée de Jacques François Blondel. A l’exception de quelques allusions sur ce matériau formulées dans les ouvrages de Le Muet et Savot, il faut attendre Félibien et ses Principes de l’architecture (1676) mais surtout L’Architecture pratique de Pierre Bullet et le Cours d’Architecture d’Auguste Charles d’Aviler, parus en 1691, pour que soit réellement évoqué le plâtre.

L’Encyclopédie reprend de manière méthodique les analyses architecturales et constructives antérieures et les étoffe. Blondel supervise l’ensemble des planches et écrit plus de cinq cents articles, une centaine publiée sous la signature (P). Il y traite essentiellement des éléments architectoniques et des termes artistiques, les bases de sa pensée architecturale qui vise à opérer une synthèse entre les arts, conformément à l’esprit de l’enseignement délivré depuis 1740 dans son Ecole des Arts, prolongé plus tard par ses cours à l’Académie Royale d’Architecture. Son projet de corpus théorique s’interrompt en même temps que sa collaboration avec les encyclopédistes. C’est Louis de Jaucourt qui signe en 1757 le chapitre consacré au gypse; lui toujours qui en 1765, traite de la partie relative aux plafonds, aux planchers et au plâtre. A Jacques Raymond Lucotte revient la charge de rédiger le long chapitre sur la maçonnerie.

Dans son Cours d’architecture civile, rédigé entre 1771 et 1774 et laissé inachevé à sa mort (Pierre Patte termine son œuvre, les tomes V et VI, et se charge de les faire éditer), Blondel a à coeur de poursuivre ses réflexions architecturales et de compléter le travail de d’Aviler par l’analyse des principes de construction, de distribution et de décoration intérieure. Les tomes I, IV, V abordent la question des moulures et des corniches en plâtre. Blondel fait des recommandations quant aux tracés de moulures de corniches. Dans le chapitre traitant de la maçonnerie (tome V), il détaille les ouvrages légers en plâtre (construction des aires, des planchers et des plafonds). Dans les deux dernières parties de son Cours, qui  deviennent des axes majeurs de la réflexion sur l’art de bâtir, la hauteur idéale des planchers participe de la réflexion sur les plafonds lambrissés «flaschés» au plâtre. Le tome VI fait la part belle aux couvrements (voûtes et combles). Différentes combinaisons de  planchers en brique et plâtre (voûtes plates) sont commentés de façon pratique et théorique pour répondre à l’intérêt suscité pour ce procédé constructif, dès 1747, par l’Académie royale d’architecture.

En cette fin du XVIIIe siècle, la science et l’industrie, en plein développement, accompagnent la demande  architecturale croissante en plâtre de qualité.  Blondel prend le coche en marche. Il s’intéresse aux carrières d’extraction du gypse parisien, traite de la cuisson du gypse, du broyage et du conditionnement du plâtre. Blondel précise encore les différentes qualités du plâtre et expose les savoirs pratiques des maçons plâtriers. Entre 1802 et 1817, son disciple, l’architecte Jean-Baptiste Rondelet publie son Traité Théorique et Pratique de l’Art de Bâtir. Expérimentations et calculs de force, d’adhérence et de résistance des matériaux font désormais partie de l’arsenal didactique, prolongement scientifique de l’enseignement de Blondel.

 

 

Bibliographie sommaire

–   Plâtre. Sols et couvrements intérieurs, coll Albums du CRMH, Paris, Éditions du patrimoine, 2017, 368 p.

– «Hôtel de Nointel. Watteau-Audran : sous le signe de Momus», In Situ (revue en ligne), Paris, n°20, varia, 2013.

– « Découverte : Un plafond peint à décor ornemental avec saynètes animalières dans le quartier Saint-Germain-des-Prés », Revue de l’art, Paris, n°177, 2012-3.  

– « Découverte à Paris d’un plafond peint à décor de singeries attribué à Claude III  Audran, Antoine Watteau et Nicolas Lancret », In Situ, Paris, n°16, varia, 2011.

– « Une protection Monument Historique expérimentale! » in Réinventer la maison individuelle en 1945. La Cité expérimentale de Noisy-le-Sec, Conseil Général du département de Seine-Saint-Denis /Somogy éditions d’Art, 2013.

– « L’Institut Océanographique de Paris. Analyses et comparaisons  avec  trois instituts parisiens de recherche du début du XXe siècle », In Situ, Paris, n°17,  2011.

– « La piscine de Pantin: une réalisation architecturale et sociale d’envergure », Livraisons d’histoire de l’architecture, Paris, n°14,  2ème semestre 2007.

– « L’illustration d’art: de la taille-douce à la litho, deux exemples parisiens », Livraisons d’histoire de l’architecture, Paris, n°11, 1er semestre 2006.

– Berlin Tempelhof/ Liverpool Speke/ Paris Le Bourget – Architecture des aéroports années trente (ouvrage collectif trilingue), Paris, Éditions du patrimoine, 2000.