Document réalisé par Julien Salette, Conseiller Technique des Plâtres Vieujot,  Région Occitanie

Introduction :

Le patrimoine plâtre retrouve depuis quelques années un regain d’intérêt. C’est dans ce cadre, que ce pré-inventaire a été réalisé avec l’objectif de se concentrer sur le plâtre d’extérieur. Différents styles et finitions apparaissent, différentes techniques de mise en œuvre sont observées, une diversité qui souligne la richesse de ce patrimoine bâti que l’on peut observer ici à Toulouse ou dans d’autres départements de la région Occitanie. D’autres pré-inventaires sont consultables :

Ce pré-inventaire est issu de prospections dans les rues toulousaines et d’observations à l’oeil nu en confrontant texture de l’enduit, couleur et granularité de la matrice, traces d’érosion caractéristiques… Parfois des prélèvements ont été réalisés lorsque l’accès était possible, permettant une analyse d’un peu plus près…

Le choix a été fait de classer ce pré-inventaire en 4 parties déterminées selon le type de construction  (pans de bois ou bâti brique), selon les techniques spécifiques utilisées (enduit plâtre sur briquetage, jointoiement au plâtre), parfois selon la localisation particulière de l’enduit (cours intérieures). Voici les 4 parties qui organisent ce premier inventaire des façades en plâtre d’extérieur de Toulouse :

  1. Enduit plâtre sur pans de bois.
  2. Enduit plâtre sur façades bâties à la brique
  3. Enduit plâtre dans les espaces semi-extérieurs : les cours intérieures
  4. Jointoiement des briques au plâtre

1 Façades à pans de bois enduites et décorées au plâtre :

Les façades enduites au plâtre d’extérieur présentent des finitions multiples et des états différents qui témoignent d’une utilisation de ce matériau sur plusieurs siècles à Toulouse. Pour les plus récentes d’entre elles, réalisées au début du 20ème siècle leur état état sanitaire reste étonnant.  Malgré des décennies de destructions, les « restes » sont toujours impressionnants de tenue, de qualités esthétiques, comme si les dernières façades non restaurées de Toulouse étaient les plus belles, et en plâtre,  hommage romantique à la durabilité du matériau plâtre capable de traverser les siècles. Les restaurateurs auront une lourde tâche… il ne faudra pas simplement restaurer une façade, il faudra garder toute la magie romantique de ces façades…

41, rue des changes :

Façade enduite au plâtre d’extérieur sur construction à pans de bois. Présence de clous sur les pans de bois. Remplissage en briques foraines. L’enduit est un stuc pierre avec son faux appareil de pierre gravé dans le plâtre. Malgré la volonté esthétique de rappeler le stuc pierre, le plâtre reste fin, sans granulométrie. Le stuc pierre tend ici à imiter l’apparence d’une pierre calcaire lisse. Cette façade est dans l’ensemble très bien conservée. Il est dommage qu’elle ait manqué d’entretien ces dernières décennies. En témoigne le côté droit rue Temponière où l’enduit de plâtre a été détérioré suite à un manque d’entretien des chenaux d’évacuation des eaux pluviales.

7, rue peyras :

Façade enduite de plâtre d’extérieur sur construction à pans de bois. Présence de clous et d’entailles conséquentes sur les pans de bois. Remplissage varié : torchis, briques foraines, lattis bois.  L’état très abîmé de cette façade résulte d’un décrépissage partiel de protection réalisé à la nacelle il y a plus de 15 ans (information orale).

17, rue des changes :

Façade enduite de plâtre d’extérieur sur construction à pans de bois. Présence de clous et d’entailles légères sur les pans de bois. Remplissage de briques foraines. Faux appareil de brique peint sur l’enduit de plâtre. L’enduit est ici aussi très bien conservé malgré les mouvements de l’ossature bois.

3, rue des changes :

Façade enduite de plâtre d’extérieur sur construction à pans de bois. Remplissage de briques foraines. Moulures, corniches et décors moulés en plâtre. Le style semble récent (fin 19ème-début 20ème) mais un second enduit de plâtre (plus ancien que celui visible) a été découvert sous celui-ci. Jusqu’à présent, la seule façade en plâtre de Toulouse qui possède deux enduits de plâtre superposés. Cette façade présente une variété des techniques au plâtre d’extérieur : enduit, traînage sur place, moulage.

23, rue des filatiers :

Façade enduite au plâtre d’extérieur et restaurée à l’identique. On peut remarquer un effet de texture «type grillage» qui rappelle une taille de pierre «croisée».

16, rue des filatiers :

Façade enduite au plâtre d’extérieur sur construction à pans de bois et recouvert d’un enduit de chaux. Présence de clous et d’entailles conséquentes sur les pans de bois. Remplissage de briques foraines. Les traces d’un ancien enduit de plâtre sont multiples, rue des filatiers, mais surtout rue maletache où l’on peut apercevoir l’ancien enduit recouvrant pans de bois et maçonnerie ainsi que des restes de l’ancien enduit de plâtre sertis dans les joints.

6, rue Saint Rome :

Façade enduite au plâtre d’extérieur sur construction à pans de bois et recouvert d’un enduit de chaux. Présence de clous et d’entailles légères sur les pans de bois. Remplissage de briques foraines.  Comme au 16 rue des filatiers, on peut observer que l’enduit de plâtre recouvre pans de bois et remplissage de briques de terre cuite.

27, rue Gambetta :

Probablement construction à pans de bois. Remplissage indéterminé. Ici un exemple caractéristique de l’évolution progressive d’une façade anciennement enduite et décorée au plâtre d’extérieur. Les restaurations successives ont détruit l’enduit de plâtre… aujourd’hui ne subsistent que les décors de plâtre : pilastres sur les côtés, moulures et bandeau sous le toit.

Enduit au plâtre d’extérieur sur remplissage de briques hourdées au plâtre :

Le briquetage de façades à la brique et au plâtre est une technique particulière de  remplissage d’une ossature bois que l’on retrouve dans tout le sud toulousain jusqu’au piémont pyrénéen. Le briquetage consiste à bâtir des briques cuites de champs avec un mortier de plâtre. C’est une technique connue depuis plusieurs siècles à Toulouse notamment les voûtes briquetées (Comte d’Espie, Manière de rendre toutes sortes d’édifices incombustibles, 1756 ; l’ouvrage est consultable sur : https://platre.blog/2017/11/24/__trashed-10/   et sa suite  https://platre.blog/2017/12/10/traite-de-1756-sur-la-construction-des-voutes-avec-des-briques-du-platre-suite/  ). 

3, rue de l’Esquile :

Construction à ossature bois. Aucune entaille ni clou ne sont visibles sur les pans de bois ; bois apparents. Remplissage : briques foraines bâtie de champ au plâtre selon la technique du briquetage. Enduit : plâtre d’extérieur coloré dans la masse à l’ocre jaune. Présence, sur l’enduit de plâtre jaune d’un faux appareil de brique peint comme au n° 17 rue des changes.   Parfois le briquetage reste apparent, parfois un traitement des joints extérieurs est assuré, parfois la totalité du briquetage est enduit de plâtre. Si cet exemple de technique est rare à Toulouse, elle est facilement observable dans les zones rurales du sud toulousain jusqu’au piémont pyrénéen.

16 bis, rue Dupont

Construction à ossature bois. Remplissage : brique foraines bâties de champ (briquetage). Enduit de plâtre coloré à l’ocre jaune. Construction modeste mais anciennement coquette.

2 L’enduit de plâtre d’extérieur sur façade bâtie à la brique cuite :

56, rue du Taur :

Façade bâtie de briques cuites entièrement décroûtée lors d’une restauration ancienne et rejointoyée au ciment. Seul l’enduit sous l’avant-toit n’a pas été décroûté. La blancheur de la matrice de ce mortier est étonnante et suggère la présence d’un ancien enduit de plâtre d’extérieur.

60, rue Gambetta :

Façade de style art nouveau restaurée par le plâtrier-staffeur-gypsier Gabriel Buroni dans les années 90.  Support de briques cuites. Enduit et relief en plâtre. Une rare franche expression de l’art nouveau à Toulouse. Vitrine-boutique : décors plâtre et menuiseries bois.

21, rue Saint Rome (cour intérieure) :

Hypothèse d’un support constitué de briques foraines briquetées. Enduit de plâtre d’extérieur présent au niveau de la partie centrale de la façade. L’avant toit semble avoir disparu entraînant l’érosion des parties basses.

3 Les plâtres colorés dans la masse dans les espaces semi-extérieur : escaliers, paliers et coursives

Les espaces « semi-extérieurs » de type escaliers, paliers et coursives sont des espaces situés dans les cours intérieures des bâtiments du centre-ville. Ces espaces gardent souvent leurs anciens enduits de plâtre qui sont très souvent colorés dans la masse.

22, rue des changes :

La construction semble bâtie à la brique cuite. Seul l’escalier est en bois. On retrouve ici comme sur les façades à pans de bois une des qualités de l’enduit de plâtre : ses propriétés ignifuges qui protègent le bois de l’incendie urbain. De nombreux exemples existent à Toulouse où l’on voit un traitement des murs des escaliers extérieurs, paliers, coursives au plâtre teinté. Ici une ou plusieurs couches de finition de plâtre teinté dans la masse à l’ocre jaune recouvre un corps d’enduit de chaux.

93, rue de la colombette (cour intérieure):

Construction bâtie à la brique foraine. Enduit de plâtre teinté dans la masse. Deux couches de plâtres sont identifiables : un plâtre jaune est recouvert d’un enduit de plâtre rose.

3, rue de l’Esquile :

Enduit plâtre de type stuc pierre sur brique. Il est fréquent de rencontrer d’anciens enduits de plâtre dans les espaces de passage obscurs afin de leur apporter plus de luminosité.

4 Le jointoiement des briques au plâtre d’extérieur :

 Ici nous sommes en présence d’une autre fonction du plâtre d’extérieur, celle du jointoiement au plâtre de la brique cuite qui à Toulouse s’exprime en finition avec à la fin du 19ème siècle, un ensemble : brique cuite jaune, joint de finition au plâtre et polissage de la surface qui donne un aspect entièrement lisse et plan à la façade. En restauration, il suffit de poncer le joint pour que la blancheur éclatante du plâtre généralement fin apparaisse. Ce type de façade est très présent à Toulouse. Nous n’en donnons ici que quelques exemples…

24, rue Rémusat :

 Ici au 24 rue Rémusat, nous pouvons voir les joints blancs au plâtre à partir du 1er étage. Tout semble indiqué que cette technique soit celle de l’origine du bâtiment… , sur le fronton est indiqué : « 1880 ».

4, rue des 3 journées :

Un exemple parmi d’autres. Ici une façade non restaurée qui donne une idée du type de jointoiement des nombreuses façades restaurées du centre-ville. La matrice est blanche, de grain fin sans sable : du plâtre d’extérieur en finition sur mortier de chaux du bâti de brique jaune. Cette technique de jointoiement que l’on observe sur le type de brique cuite « jaune » ou « rosée » peut-être circonscrit dans le temps (fin du 19eme).

28, rue des lois :

Le jointoiement au plâtre peut être aussi coloré. Ici le plâtre est coloré de brun dans la masse.

Conclusion :

Les façades non restaurées de Toulouse témoignent des multiples emplois du plâtre d’extérieur. La variété des techniques, des styles et des types de finitions suggèrent une utilisation du matériau plâtre durant plusieurs siècles. Rien de surprenant puisque le plâtre est déjà connu en région Occitanie depuis le Moyen-Âge (https://platre.blog/2017/03/23/le-platre-au-moyen-age-en-occitanie-au-regard-des-sources-ecrites/ ).